Le Ch’ti chez la Bahiana

Une fois arrivé à Rio, quelques jours pour me remettre sur pied après mes deux mois de cuisinier au « O’Charolais » de Wasquehal et mes vingt-quatre heures de voyage. Quelques jours pendant lesquels j’ai pu rencontrer l’ensemble de la belle-famille, plongé directement au cœur du sujet.
Nous décidons ensuite de commencer à voyager et de nous rendre à Salvador de Bahia, où est née Carolina.

São Salvador da Bahia de Todos os Santos est la capitale l’État de Bahia. Elle possède une histoire particulière car fut la première capitale du Brésil, au XVIe siècle et a donc vu converger colonisateurs portugais et européens en général, ainsi que les esclaves africains « importés » pour combler les besoins de main d’œuvre de la culture de la canne à sucre. On retrouve donc ce passé à travers l’ensemble de la culture bahianaise : l’architecture et la structure de la ville, sa nourriture, sa musique, ses rites religieux…

Pilorinho : colonisation et esclavage…

A bord de notre voiture de location nous nous rendons dans la ville-haute de Salvador où se trouve le Pilourinho (prononcez « pilouriniou »), un quartier aujourd’hui très visité. Nous somme tout de suite interpellés par un type tout excité qui court à côté de la voiture en toquant à la fenêtre et qui veut nous trouver une place pour nous garer dans le labyrinthe de ce vieux quartier… Bien entendu, il insistera fortement pour récupérer ses 15 R$, que Carolina aura négocié, non sans difficulté.

Le mot pilorinho signifie le « pilori » : c’est en effet au milieu de cette place publique qu’on attachait les esclaves fautifs  à un poteau pour les battre.

Après un petit tours, direction la ville basse en empruntant l’ascenseur…

Une visite du marché couvert prés du port. On y trouve de tout et n’importe quoi pour les touristes, vêtements en coton, instruments de musique, bijoux, cachaça, l’alcool de canne à sucre…

Ce marché était autrefois une halle au esclave : on y étalait les esclaves fraichement cueilli en Afrique à la vue de leur futurs acheteurs, qui pouvaient juger du bon état de la marchandise…

On se balade ensuite sur la côte.

Le phare

La côte

L’afrique dans l’assiette

La nourriture typique de Salvador et de Bahia en général est à l’image de son mixage culturel orienté vers la l’afrique. J’ai testé l’Acarajé, une espèce de sandwich à la crevette et au haricot cuit à l’huile de dendê (une huile de palme). Très bon mais à ne pas conseiller aux estomacs sensibles. Il est vendu par une bahianaise, qui porte une tunique qui lui est propre: turban de couleur ou blanc, longue robe de couleur… Elle possède une étale mobile sur laquelle elle dispose de tout les ingrédients déjà préparés dans différentes marmites.

Parmis les autres plats que j’ai pu gouté, on retiendra le pirou de peixe, sorte de purée de poisson qui accompagne le riz et autres composants de votre assiette, le cuturi (crabe), soupe de camarão (crevette)…

De Yemanjá à Jésus, en passant par le Macumba

J’ai pu assister à une représentation, pour touriste, au théâtre de la ville. Musique traditionnelle, Capuera, ainsi qu’une présentation des différentes divinités religieuses, les Orishas. Il est assez intéressant de constater comment les esclaves africain se sont accommodés de l’arrivée du catholicisme par les colons portugais. Ainsi, ils ont été forcé de laisser de côté leur rîtes et croyances traditionnels, qui sont souvent polythéistes mêlant mysticisme et superstition, et se convertir à la loi du « Jésus-Marie-Joseph-le-saint-esprit-amen ». Pour autant ils n’ont pas complétement abandonné leurs propres croyances mais plutôt les ont adaptés. Ainsi, les saint chrétiens se sont vu attribué d’autres divinité cachées, et l’ont priait Yemanjá, déesse de l’eau et de la mer souvent représentée en Sirène, protectrice des pêcheurs et mère des autres Orishas, en priant Marie la pucelle…

Il existe d’autres formes de croyances que je n’ai pas encore pu vraiment comprendre ni approfondir, le macumba par exemple. Ça semble se rapprocher d’une forme de sorcellerie afro-brésilienne, du genre « prend une patte de poulet, un cierge et récite trois fois une prière et ton vœux se réalisera… ». C’est assez vague pour moi pour l’instant donc je n’en dirai pas plus.

Un touriste à Salvador…

Bien sur j’ai été visiter Praia de forte à une petite heure de Salvador. C’est un ensemble de plage digne des meilleures cartes postales : la mer bleue, le soleil, le sable blanc et fin, les palmiers et la noix de coco rafraîchissante au creux de la main… C’est très joli, agréable. Dommage que ce soit gâché par un espèce de village commercial sponsorisé par les cartes bleues Visa, complétement synthétique.

J’ai lors de mon passage à Salvador eu la chance d’attraper une sorte d’angine, plutôt carabinée. C’était un Dimanche lorsque la fièvre est devenue difficile à supporter, donc direction les urgences. Il faut savoir qu’il existe de nombreux hôpitaux, malheureusement beaucoup sont privés et n’accepteront les étrangers ou autres personnes n’ayant pas d’assurance privée, qu’à un prix environnant les 150 euros… On a préféré se rendre à l’hôpital publique de Salvador. J’avais un peu peur de tomber dans un endroit sordide mais j’ai trouvé le service publique très bon. Moins d’une heure d’attente, entrevue avec un médecin, perfusion d’antibiotiques sur-vitaminés, prise de sang pour vérifier et on était reparti…

Outre ce service d’urgence de bonne qualité, un autre aspect culturel très frappant habite cette ville. La relation marchande que je connaissait jusqu’aujourd’hui était complétement différente. Ainsi, il semble que les habitants de Salvador ne cherchent pas, en règle générale, à profiter, dans le sens économique du terme. Un commerçant qui vous laisse régler vous-même l’addition avec la machine à carte bleue, un vendeur de pizza qui vous vend une pizza plus petite que prévue ou encore un guide touristique qui vous conseille d’attendre un peu pour la visite de l’église Saint Paul initialement payante, parce qu’elle ouvre gratuitement au public d’ici une heure…

Salvador est une ville qui au lieu de concentrer les gens, de construire en hauteur, construit en largeur et s’étend. Bien sur le centre ville n’échappe pas à la buildinguisation forcée…