C’est plus difficile pour ceux qui restent…

J’ai commencé ce blog près de cinq semaines après mon arrivée… J’écris aujourd’hui dans l’avion qui me ramène chez moi. Le temps n’est donc pas vraiment à la carte postale.

-Vanessa da Matta – Pirraça-

C’est assez stimulant d’écrire dans ces conditions. Il est maintenant 23h à l’heure de Rio. L’ambiance tamisée de l’avion a terminé de calmer les dernières excitations du départ. Les gens sont pour la plupart hypnotisés par la petite lucarne incrustée dans l’appuie-tête du siège qui se trouve devant eux: Sex & The City 2, Robin des Bois et autres filmes commerciaux, diffusés en anglais et sous-titrés ou bien doublés en portugais, c’est selon chacun… D’autres encore préfèrent le canal GPS qui permet de visualiser l’avion sur une carte… Au moment où j’écris, le petit avion indique que nous venons de quitter la pointe du Brésil, au nord de Recife et que nous survolons désormais l’Atlantique à 866Km/h avec une température extérieure de -50 degrés…

Il a été difficile de cacher ma peine en quittant Carolina et sa famille. Je sais déjà que je reviendrai, d’ici trois mois environ, ce qui me permet de ne pas trop déprimer pour le moment. Mais trois mois c’est long. Je sais déjà que de nombreuses choses sont à prévoir avant de revenir vivre là-bas. L’histoire n’est pas très simple mais ça devrait fonctionner. Je viens de finir une licence d’économie et continue ma « carrière » universitaire avec un master. J’ai tenté la sélection à l’UFRJ, l’université de Rio, parmi les meilleures du Brésil, où existent différents masters. Après quelques coups de fils passé à des connaissances, un dossier rempli, un projet de recherche  sur les entreprises coopératives écrit avec l’aide de Jean, me voilà accepté en Master « Políticas Públicas, Estratégias E Desenvolvimento ». J’ai par ailleurs la chance d’avoir été retenu pour une bourse du gouvernement brésilien qui me permettrait de bénéficier des billets d’avion, du visa, d’une aide financière équivalente à trois SMIC brésilien ainsi que d’un logement. Tout cela se profile donc plutôt bien.

En attendant je rentre en France et la nourriture micro-ondée de l’avion me rend déjà nostalgique du riz et des haricots noirs… Demain, je reprends la fac pour le premier semestre d’un master en Économie appliquée, histoire de garder le rythme, et assurer mes arrières au maximum. Retour chez les « développés » donc, la France des droits de l’Homme, qui ne m’a pas attendu pour mettre les « Roms » à la rue ou liquider le régime des retraites… Je ne suis donc pas vraiment pressé d’arriver pour tout vous dire.

Mano Solo –  Je taille ma route

Reste que je vais tout de même revoir ma famille, retrouver  mes amis, mes habitudes.

« Il semble que c’est plus difficile pour ceux qui restent… » car ceux qui partent ont un point d’arrivée. Ceux qui restent n’ont qu’un point de départ. Ceux qui partent sont ceux qui vivent le changement. Ceux qui restent le subissent. Je me demande maintenant s’il y a vraiment une différence entre l’attente et l’espoir. En portugais, il n’existe qu’un seul mot pour exprimer ces deux choses : « espero ».

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