Journée Mondiale des Jeunes C…

Moi aussi, les JMJ de Rio m’inspirent le partage.

Un billet au parfum spécial aujourd’hui alors que des millions de gens, beaucoup de jeunes, beaucoup d’européens ou de nord-américains se réunissent dans un pays à l’autre bout de leur planète pour venir applaudir un pape « amis des pauvres », visiter quelques favelas et voir la pauvreté « en vrai », avant de repartir, éthiqueté de bonnes intentions dans leurs pays respectifs.

Jorge Mario Bergoglio, « trois poumons » comme on le surnommait au séminaire, aujourd’hui « Amis des pauvres« …  À d’autres. Je pencherais plutôt pour « colabo« . Chacun prêche pour sa paroisse. Je préfère celle des faits, au moins on peut les discuter.

Au delà du paradoxe autours de l’idolâtrie du pape – Moïse n’a-t-il pas détruit le veau d’or? – La démonstration en force du conservatisme de ces jeunes gens est un vrai prosélytisme – on rappellera que le slogan des JMJ 2013 est : “ Allez! De toutes les nations faites des disciples!”. Je dirais même que c’est une provocation politique.

Nous sommes jeunes, nous sommes catho, vive l’amour, vive la vie, vive le pape !

à traduire donc par :

Nous sommes contre l’avortement, nous voulons soigner les pédés, nous en sommes fiers et nous t’emmerdons, sale païen ! (et la dictature argentine on s’en bat…)

Voilà en clair le message que je lis des millions d’allumés de Jesus qui débarquent dans mes rues avec leurs croix et leur bannières.

León Ferrari, Wester Christian Civilization (1965)

Car il faut bien remettre les choses à leur place. Ce pape n’a rien de progressiste, et en cela, il n’est absolument pas différent que la brochette papale qui l’a précédée. L’Église catholique n’est pas stupide, et comme toute institution, elle cherche à persévérer dans son être – le conatus catholique en quelque sorte. Pour cela, elle a besoins de croyant. Où sont les croyants aujourd’hui ? En Amérique latine. Rien de bien compliqué à comprendre. D’autant plus qu’elle fait face ici au mouvement croissant des autres allumés de la bible, les évangélistes, financés par nos bons amis Étas-uniens.  Les deux – catholiques et évangeliques (protestant) – ont en commun leur haine de la femme et des homos. Une sainte communion.

Car il faut vraiment haïr les femmes pour les déconsidérer à ce point, en se référant à je ne sais quelle théorie biologique, qui interdirait un avortement. La prohibition de l’avortement tue les femmes aujourd’hui au Brésil. Des femmes condamnées aux traitements abortifs clandestins, non sécurisés ni réglementés, tant en terme médical qu’économique. Même argument pour la communauté LGBT, qu’il s’agit de « soigner » et de remettre dans le droit chemin. Là encore, les allumés de la croix se rejoignent main dans la main, à chanter des « alléluias » dans les rues.

León Ferrari, Spiral (1982)

Mis à part sur le papier, le Brésil n’est absolument pas un État laïque, et je m’en désole. De la présidente qui accueille le saint pépère, à la municipalité qui banque une partie du méga-évènement (pour la sécurité de sa majesté par exemple), on a vite compris.

On ne peut pas en demander autant à la Globo, chaine privée qui détient le monopole de l’audience et des moyens de communication du pays. Bien que, bénéficiant d’un accès au réseau public, elle devrait respecter un minimum la neutralité journalistique dont elle se fait le héraut. Encore une preuve au passage que celle-ci n’existe pas. Il faut voir comment on chérit, comment on accueille à bras ouvert, le message béni du Saint-Pépère chez les journaleux…

Tout le monde entre dans la danse donc. Et, loin d’être religieux vous l’aurez compris, je plains désormais les bouddhistes, les juifs, les Hare Krishna et autres sectes n’ayant pas encore réussi à s’emparer d’une telle puissance de la multitude pour la transformer en force politique agissante et défilant dans la rue. Des fois, je me demande comment les mêmes cathos brachouilles réagiraient si on avait demain les Journées Mondiales des Adorateurs de Jeovah, les Rencontres Internationales Shintoïstes, ou bien l’Assemblée des Disciples de sa Vénérable Sainte Majesté Antoine-Le-Bon – et puis moi aussi je veux la Toto-mobile !  – et tout cela sur fond de financements publics, et relayé quasiment en continu par les médias nationaux et internationaux… Surement crieraient-ils haro sur les dépenses de l’État, en bon peuple de droite qui se reconnait. Quand on connait le Brésil, on sait aussi le niveau de l’anti-sémitisme qui rampe en sous-main, surtout chez les plus riches… La ville de Rio accueillerait-elle dans les mêmes termes la Fête de la Kippa ? J’en doute. Bref, la religion du colonisateur est celle qui commande par ici. Les autres n’ont qu’à bien se tenir, comme par le passé.

De deux choses l’une.

S’il le font en connaissance de cause, alors oui, on peut interpréter la manifestation des papophiles comme une banderole géante offerte au monde entier, où l’on pourrait lire des slogans homophobes et anti-féministes.

Il s’agit alors bien de la Journée Mondiale des Jeunes Conservateurs.

S’ils suivent béatement une marionnette toute-puissante enfermée dans un aquarium pare-balles, qui leur promet monts et merveilles (et même pas 70 vierges…) en échange de leur approbation – la croyance est ici la base de la valeur qui soutient l’institution religieuse, comme l’est par exemple, la croyance qui soutient la monnaie, c’est différent.

On pourrait alors dire qu’il s’agit de la Journée Mondiale des Jeunes Cons.

Lorsqu’on voit de jeunes pucelles qui dansent en rond en chantant sous la pluies, les pulsions qui nous poussent – par rébellion sans doute – à vouloir  les corrompre sont vraiment très fortes. On voudrait les aider, les pauvres petites.

Rejoignez l’Assemblée des Disciples de sa Vénérable Sainte Majesté Antoine-Le-Bon ! Et vous serez sauvées !*

On se surprendrais alors à prier:

Seigneur, libérez-moi de la tentation…

Alors que c’est toute l’oeuvre de Satan qui nous pousse à agir ! Pardonnez-moi, je ne sais plus ce que je dis.

*paiement VISA, MasterCard accepté sous conditions de vente en vigueur
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À propos de Antoine

Professeur de français / Traducteur

2 réflexions sur “Journée Mondiale des Jeunes C…

  1. Bonjour Monsieur,
    Je visite votre site par le plus grand des hasards et, puisque ma présence ici augmente sans doute l’audience de vos papiers, je me permets de répondre à quelques unes de vos diatribes.
    Je passe sur le manque évident de clarté de certaines de vos phrases (je cite) : « beaucoup de jeunes, beaucoup d’européens ou de nord-américains se réunissent dans un pays à l’autre bout de leur planète pour venir applaudir un pape « amis des pauvres », visiter quelques favelas et voir la pauvreté « en vrai », avant de repartir, éthiqueté de bonnes intentions dans leurs pays respectifs. » Monsieur autorise les voyages d’agrément en Inde ou à Dubaï, mais quand il s’agit d’un rassemblement religieux, ceux qui y prennent part-dont moi-même- sommes d’infâmes capitalistes qui exploitons la misère du monde et qui, goguenards et rassasiés, regagnons joyeusement nos appartements cossus entre Ulm et le Panthéon. Passons sur votre conception de « collaborateur », terme ô combien galvaudé (tout le monde ne peut pas lire Pascal Ory. Le Nouvel Obs et les Inrocks sont une source d’information de loin plus fiable), et votre lecture distraite de la Bible. Oui, Jésus est politique, comme vous le craignez ce me semble. La phrase « Ide e fazei discipulos entre todas as nações!  » est extraite de l’Evangile selon Saint Matthieu,28,19 -que vous n’avez pas lu- et n’est pas une invention arbitraire de la toute puissance vaticane.
    Si Mme Dilma Rousseff reçoit le Saint-Père, c’est en tant que chef d’un état (le Vatican) et en tant que personnalité politique et religieuse de premier plan. Ce geste, n’importe quel chef d’Etat le ferait (oui, même François Hollande s’il s’en donnait la peine).
    Moi aussi j’aimerais voir les rencontres internationales shintoïstes ! Où comptez-vous les organiser ? J’ignorais que cette religion conservât une unité et un chef religieux capable de réunir l’ensemble des croyants (japonais). Mais vous pouvez toujours essayer de rassembler les cendres de l’excellent 昭和天皇, ce qui constituerait une expérience pour le moins intéressante.
    Vous commettez un contresens philosophique lorsque vous affirmez que : « la croyance est ici la base de la valeur qui soutient l’institution religieuse, comme l’est par exemple, la croyance qui soutient la monnaie, c’est différent. » J’imagine que vous ne pensez pas à la valeur monétaire, mais à des valeurs morales dans cette phrase. Or, dans la morale, la valeur ne peut pas être unie ( sauf dans les romans courtois, dans lesquels la valeur désigne la capacité du chevalier à honorer ses devoirs militaires, religieux et amoureux). Dans ce cas, les valeurs morales des individus soutiendraient l’Eglise catholique et romaine. Mais, justement, par ses rites, ses sacrements et la verticalité de sa hiérarchie, l’Eglise ne dépend pas de l’individu. Elle engage le croyant dans une relation de confiance et de foi. Le contrat qui les lie n’est pas financier ou moral, c’est un contrat basé sur la liberté de celui qui s’engage (le croyant). Vous êtes un économiste, si je ne m’abuse, et vous admettrez que la croyance ne soutient aucunement la monnaie (fiduciaire). Il n’y a aucune expérience de foi au sens religieux dans le domaine financier, mais il y a la confiance et le crédit que l’on accorde à celui-ci. On ne croit pas dans la monnaie, on croit dans les biens qu’elle peut générer.
    Quant à la vie sexuelle des pèlerins, je doute que ce fait présente un intérêt considérable. Un fantasme refoulé ? Vous vous rêvez en vicomte de Valmont séduisant « la jeune pensionnaire » devant maman et un crucifix ? Oui, l’eau est un élément sexuel particulièrement excitant, mais merci, je n’ai pas besoin de votre aide pour être épanouie d’un côté ou de l’autre.
    Dernière chose : les Catholiques ne s’accordent pas du tout avec les Evangéliques.

    Cordialement,

    Justine L.

    • Bonjour Justine,

      Je commencerai comme il se doit par les habituels remerciements. Vous avez tout de même pris la peine de me lire – parfois rapidement certes, mais tout de même, et cela est peut-être le plus important.

      Je passerai volontairement sur votre attaque frontale quant à mon « manque évident de clarté » n’étant pas vraiment convaincu par votre lumineuse volonté de me contredire avec des arguments mal ramassés.
      Non je n’autorise pas les voyages d’agrément en Inde ou à Dubaï et je trouverais tout aussi indécent d’y organiser une messe géante en l’honneur d’un délateur devenu chef d’état religieux.

      Je suis content de voir que vous avez à votre baluchon de pèlerine, une bibliographie chargée. Pascal Orly et La Bible… Je tiens à vous rassurer, moi non plus je n’apprécie pas beaucoup les Inrockuptibles ou le Nouvel Observateur. Ils sont un peu réactionnaires sur les bords. J’avoue aussi mon péché: je n’ai pas lu entièrement la Bible. Mon éducation catholique tardive m’a pourtant bien fait comprendre de quoi elle retournait. Je vous remercie au passage de rappeler que certes, ce n’est pas une invention arbitraire de la toute puissance vaticane qui a élaboré l’Évangile selon Saint Mathieu, mais bien l’invention arbitraire de plusieurs hommes, à travers des siècles différents…
      Tout cela ne doit pas nous faire oublier le message fondamental de cette citation, qui nous vient de la base étymologique du mot évangile, qui se propose d’ « apporter la bonne parole », autrement dit d’aller convertir les païens. Cela s’appelle du prosélytisme, et je le condamne en tant que laïc et non en tant qu’agnostique. Je passerais donc sur votre conception – inexistante – de la laïcité, pour en venir à ce que, je pense, vous intéresseras peut-être plus.

      Oui, je suis en effet économiste et à ce titre l’anthropologie économique m’intéresse. Non je n’ai commis aucun contre-sens philosophique lorsque je parle de la croyance, de son lien avec la valeur et donc finalement de la monnaie. Vous m’aurez donc mal lu et donc mal compris. Et votre insistance à moraliser le rôle de la monnaie et des valeurs qui la supportent sont donc très éloquents. La monnaie est belle est bien soutenue par des croyances, et il n’est pas besoin d’être économiste pour constater les élans mystiques d’une salle de marché ou encore la spéculation sur une monnaie. Vous avez bien sûr noté que l’usage de la polysémie du mot spéculation n’est pas ici le fruit du hasard.

      Sans entrer dans une démonstration qui nous ferait perdre du temps, je vous renverrai donc à mon tour à une bibliographie de sciences sociales, vous qui semblez tant aimer Pascal Orly et l’histoire contemporaine, pour vous apprendre peut-être, et très modestement, quelque chose au sujet de la monnaie.

      Frédéric Lordon par exemple, a écrit des livres très intéressants à ce sujet. Pour un accès plus facile et plus rapide, vous pourriez par exemple lire ceci : http://www.journaldumauss.net/spip.php?article80
      Votre voyage au Brésil, puisqu’il ne s’est pas fait sur la base d’un voyage d’agrément, peut-être vous aura-t-il permis d’aborder la richesse de la langue portuguaise, auquel cas ces quelques articles d’un autre de mes blogs complèteront aisément la discussion: http://econatus.wordpress.com/

      Pour ce qui est du sexe. Je suis heureux d’apprendre que vous ne nécessiterez pas de mon « aide pour être épanouie d’un côté ou de l’autre » mais j’insiste ici pour vous dire que je ne vous demandais pourtant aucun détails à ce niveau…
      À part ça, il pleut chez vous en ce moment?

      Veuillez agréer, chère Justine, l’expression de mes salutations distinguées,
      A.

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