Quand la novela se rebelle…

La novela est une véritable institution au Brésil. Il suffit de se balader dans la rue à 21h pour s’en rendre compte, la majorité des télés que vous trouverez dans n’importe quel bars vous montreront (si ce n’est pas la difusion d’un match de foot) la novela  du moment de la chaîne Globo, chaîne privée, notre TF1-vendeur-de-temps-de-cerveau-disponible-pour-Coca-cola, bien de chez nous.

Pas de gays, de pauvres ni de noirs…

Je ne suis habituellement pas un fan de ces mielleuses comédies, dont la qualité de cadrage et de lumière sont en compétition avec les dialogues et le scénario pour savoir à qui revient la palme de la nullité technique ou artistique. La plupart du temps, la novela est un puissant outils culturel de propagande, qui transmets à la masse les valeurs de la classe dominante : individualisme, consumérisme, méritocratie, le « Brasilian Dream » version Globo.

Dans une novela, même au Brésil, les noirs sont aux abonnés absents, ou bien jouent les domestiques. Dans une novela, on parle de la vie des riches, des problèmes des riches, et des histoires d’amour… des riches. Le riche est homophobe, il n’aime pas les gays. Donc pas de gays. Le riche n’aime pas le pauvre, car le pauvre c’est sale et donc ça pue, quand ça n’est pas en plus drogué ! Le pauvre, dans ce genre de produit audiovisuel, se résume bien souvent à jouer les troisième ou quatrième rôles, souvent caricaturé en alcoolique qui ne fait rien de ses journées.

Bien sûr, en tant que novice de la langue portugaise dans nos sociétés de médias, la novela est sans doute l’un des meilleurs outils d’apprentissage gratuit du portugais. J’ai ainsi commencé mon initiation avec une série intitulée « Passione« ,  qui mélait trahison, meurtre, adultères, enlèvement etc. dans le cadre culturel d’émigré italien au Brésil. Bon, pour un début c’est pas génial: le portugais brésilien à l’accent italien, on a vu mieux pour se former à la musicalité de la langue.

Cette série était diffusée jusqu’en Février sur la Globo :

La série qui a suivi, qui se passait à Rio comme une majorité de ces novelas, était du même niveau. « Insensato Coração » : l’amour, l’argent, la mort, le trio gagnant de l’audience :

Aprés ce genre d’expérience, on se demande si jamais on devrait allumer la télévision et redonner une part d’audience suplémentaire à cette chaîne de télévision, qui soit dit en passant, a largement soutenu la dictature du pays dans les années 70.

La rébellion de la novela : Amor e Revolução

La dictature. Tel est le sujet d’une novela qui fait un tabac en ce moment. On y apprend la chronologie du coup d’Etat militaire au Brésil à la fin des années 70, soutenu depuis Washington contre le pouvoir en place qui s’apprêter à reformer le pays vers plus de redistribution, avec notamment une réforme agraire pour terminer avec l’ultra concentration des terres aux mains d’une aristocratie foncière. Ces problèmes ne sont aujourd’hui toujours pas résolus.

Enlèvement, torture, meurtres, adoption d’enfant de prisonniers par les familles des militaires… Des thèmes chocs qui contrastent fortement avec la bien-pensée de la novela lisse et recouverte de blush de la Globo. Amor e Revolução, diffusée quotidiennement sur la SBT, garde pourtant les grandes caractéristiques de la novela brésilienne. Les riches et les blancs sont toujours à l’affiche avec leurs problèmes existentiels. Mais on y apprend que les communistes et les gens « normaux », eux aussi ont des problèmes de cœurs, et surtout, ont des idées politiques. Le débat de fond n’est pas abordés mais évoqué à maintes reprises, ce qui suffit à améliorer substantiellement le programme. Bien sûr, il y a le beau militaire, qui lui, est contre la dictature etc.  Il va de soi que l’on ne va pas faire le procès des militaires dictateurs du Brésil à la télévision, alors que la justice du pays n’a jamais condamné quiconque pour ces actes. Le Brésil est toujours le seul pays d’Amérique du Sud qui n’a jamais jugé l’un de ces responsables politiques durant ces années sombres de dictatures. Pas une révolution, certes, mais un grand pas en avant tout de même. La fin de chaque épisode est consacrée à une interview, bien réelle, d’un des témoins de ces évènements. Je peux vous dire que cela vous remet assez vite les pieds sur terre, si par hasard vous aviez oublié qu’il s’agissait d’une histoire basée sur des faits réels. Le premier épisode par exemple, nous montre le témoignage d’une femme torturée, rendu stériles suite à des tortures d’ordres sexuels dont elle raconte les détails et qui semble ne jamais s’en être remise.

La bande annonce :

Le premier épisode (interview@00:57:15) :

On attend maintenant avec impatience, la novela qui nous fera vivre le quotidien d’un habitant noir et gay d’une favela, qui lutte pour accéder à l’université ou ben de se payer un plano de saude (Plan de Santé) qui lui permettrait d’acquérir une paire de lunette adaptée à sa vue ou d’aller chez le dentiste… Bref, la vie d’une majorité parmi la masse des brésiliens aujourd’hui.

Versão portuguesa aqui

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À propos de Antoine

Professeur de français / Traducteur

Une réflexion sur “Quand la novela se rebelle…

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